mardi 23 juin 2009

Education, pédagogie, dialogue…

Par Michel Naud,
Si l’on en croit les commentateurs : « Le port du voile intégral bouscule la tradition laïque française » (Le Monde, 20 juin 2009). « Notre république laïque doit se saisir de cette question » (André Gérin, député PCF, dans 20minutes.fr, le 18 juin 2009). "Il faudrait d'une manière ou d'une autre interdire le port de la burqa ou du niqab", a déclaré le porte-parole du PS avant de s'en prendre à Nicolas Sarkozy sur la laïcité. (Benoît Hamon dans le Journal du Dimanche, le 21 juin 2009) « Nous nous félicitons de l’initiative d’André Gérin, mais nous ne sommes pas rassurés. Le Président de la République n’est pas un laïque, c’est Nicolas Sarkozy. Nous n’avons pas oublié, récemment, son soutien spectaculaire aux propos honteux d’Obama, visant la France, sur le voile. » (Riposte laïque, supplément week-end du 18 juin 2009)

Non ! La tradition laïque française n’est pas bousculée.


N’en déplaise à tous ces commentateurs, le port du voile intégral dans les rues ne « bouscule » pas la tradition laïque française, pas plus d’ailleurs qu’il ne bouscule la tradition laïque américaine sur laquelle s’appuie le président Obama et qui est décidément très méconnue de ce côté-ci de l’Atlantique : la laïcité, dans la tradition des Lumières commune aux révolutions française et américaine, peut être définie comme la liberté de conscience (et donc la liberté d’expression, dont la tenue vestimentaire est une des dimensions, sans laquelle une affirmation de liberté de conscience n’aurait aucun sens) garantie par la séparation des Eglises et de l’Etat.

En France elle s’est exprimée à de multiples reprises. Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (26 août 1789) tout d’abord puisque l'article 10 de la déclaration affirme que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble par l’ordre public établi par la loi », et jusqu’à aujourd’hui dans l’article 1 de la loi du 9 décembre 1905 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » sous les seules restrictions dans l'intérêt de l'ordre public. Aux Etats-Unis elle s’exprime à travers le fameux « 1er amendement » interprété par Thomas Jefferson comme établissant un « mur de séparation » entre Etat et Religion.

Le port du voile intégral, qu’on aurait du mal à présenter comme procurant un trouble grave à l’ordre public, ne saurait donc être interdit dans l’espace public au nom de la « laïcité » : la laïcité n’est pas une hostilité aux religions et aux manifestations de leurs adeptes, même les plus dérangeantes pour un esprit libre ; elle est au contraire la garantie de la liberté la plus grande à celles et ceux qui adoptent une religion comme à celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucune, à égalité de droits ; le moyen de cette égalité c’est que l’Etat ne reconnaisse ni ne subventionne aucun culte : tel est l’objet de l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905.

Au regard de la laïcité institutionnelle et scolaire le port du voile islamique, intégral ou non, est interdit dans les écoles publiques tout comme l’est son port par les fonctionnaires en contact avec le public : tel est le sort du port de tous les signes religieux ostensibles (voiles, croix, kippa, etc.) ; cela résulte de nombreux textes réglementaires, tels la circulaire de Jean Zay du 31 décembre 1936 qui entendait « maintenir l'enseignement public de tous les degrés à l'abri des propagandes politiques » complétée par celle du 15 mai 1937, qui précisait que « les mêmes prescriptions s'appliquent aux propagandes confessionnelles. L'enseignement public est laïque. Aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements ». Cette tradition républicaine française a été réaffirmée par la loi n°2004-228 du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. Souvent mal comprise, y compris dans l’Union Européenne, cette tradition laïque nécessite un effort inlassable de pédagogie.

La laïcité institutionnelle et scolaire n’est donc pas malmenée par le développement (qu’il reste néanmoins à caractériser pour instruire sur la base des faits et non de fantasmes) du port du voile intégral. Il n’en est pas de même pour la condition féminine.


Faudrait-il alors l’interdire au nom de la dignité de la femme ?

Il est clair que le message que nous, occidentaux fils et filles des Lumières, recevons quand nous voyons ces femmes musulmanes entièrement recouvertes de la tête au pied, est un message de soumission que nous ressentons comme intolérable ; il en est de même quand nous découvrons les femmes de Meha Sharim telles que Amos Gitaï nous les révèle dans son film Kaddosh ; et il en est de même si nous croisons ces religieuses catholiques en habit, sans oublier celles que nous ne croisons pas, cloîtrées qu’elles sont dans leurs couvents… D’aucuns diront, à juste titre, que d’autres prisons, d’autres servitudes volontaires, certaines vestimentaires et d’autres non, peuvent enfermer les femmes, y compris « à l’insu de leur plein gré », de façon largement aussi efficace…

Il ne s’agit pas de faire la place au « relativisme culturel » ; il ne s’agit pas de se faire l’avocat du « droit à la différence » ; la revendication du « droit à la différence », de toute nature, masque trop souvent la revendication d’une « différence des droits » ; les citoyens de religion musulmane ont, dans notre pays, ni plus ni moins les mêmes droits et les mêmes obligations que les autres citoyens, de quelque religion ou absence de religion ils se revendiquent ; telle est la différence essentielle entre un citoyen musulman qui réside dans la France laïque et un ressortissant musulman qui réside en un pays soumis à la charia : la femme qui entend s’extraire de la tradition dans laquelle elle a été élevée trouvera en France, si elle le souhaite, le soutien de la loi et de la puissance publique. Mais, en vertu du même principe d’égalité des droits, les citoyens de confession musulmane n’ont et ne doivent avoir aucun privilège ni aucun devoir particuliers à remplir : de ce point de vue, la liberté de conscience et d'expression d'une femme se revendiquant musulmane doit lui permettre de porter burqa ou niqab, là encore… si elle souhaite.


Abordons alors franchement les questions qui fâchent.

Prenons d’abord la dimension sécuritaire. Repli ultime fréquent mais question la plus facile à résoudre. Daniel Pipes écrit que « n'importe qui peut se dissimuler sous ces linceuls – homme ou femme, musulman ou pas, bon citoyen, fugitif ou criminel – et y nourrir on ne sait quel projet malveillant. »... Certes… mais n’importe qui peut aussi nourrir de tels projets sans se dissimuler à nos regards et, en l’occurrence, dans nos pays occidentaux, le choix d’un tel accoutrement attire les regards et suscite la vigilance plus qu’il ne permet de passer inaperçu. La dimension sécuritaire n’est pas bien compliquée à gérer et les réponses techniques comme de bon sens sont faciles à identifier et à mettre en œuvre par les professionnels pour permettre d’identifier les individus. Elles ne rencontreront aucun obstacle de quiconque dès lors que les objectifs sont identifiés et les réponses proportionnées à l’objectif.

Venons-en alors à l’argument central évoqué à l’appui de la demande d’interdiction : les femmes seraient contraintes (par leur mari, leur famille, leur milieu, …) de s’enfermer dans cette prison vestimentaire. Certes tous les cas de figure sont probablement dans la nature. Le plus basique réside, pour des femmes âgées ou d’émigration récente, dans la tradition tribale plus que religieuse ; Etienne de la Boétie nous l’enseignait déjà dès le début de la Renaissance : « La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude ». D’autres femmes sont probablement contraintes, et, dès lors qu’elles se trouvent en France elles doivent y trouver la protection de la loi ; là aussi, comme pour la sécurité, des dispositifs peuvent et doivent être pensés et mis en œuvre par les professionnels, comme il en existe pour d’autres atteintes aux individus dans le secret des familles (femmes battues, enfants maltraités, etc.). D’autres enfin, surtout semble-t-il chez les plus jeunes, ne semblent guère forcées de porter cette tenue, mais semblent réaliser ce choix par repli identitaire, bien souvent à la surprise et contre l’avis de leur famille, sous l’influence notamment du contexte international.

Même s’il est avéré que certaines jeunes femmes affirment que cela représente un réel choix personnel, il est clair que ce choix contribue à l'oppression de celles qui voudraient résister ou s’émanciper. Nous ne devons donc pas taire que ce choix est contraire aux valeurs humanistes que nous portons, mais nous ne devons pas nous laisser pour autant emporter à renoncer à ces valeurs humanistes… La République Française, en adoptant le mot « liberté » comme premier mot du triptyque républicain s’est affirmée contre ceux qui préconisaient le célèbre « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». De l’autre côté de l’Atlantique, un juge de la cour suprême américaine, tenait en 1929, parlant du 1er amendement, un propos que nous pouvons reprendre à notre compte :
" S'il y a un principe de la Constitution qui doit être plus impérativement protégé que les autres, c'est celui de la liberté de pensée. Pas la liberté de pensée pour ceux qui sont d'accord avec nous, mais la liberté de pensée pour ceux dont nous haïssons les pensées. "
Ainsi, vous l’aurez compris, je fais mienne la conclusion d’Eric Besson, vendredi dernier sur Europe 1 : « il faut lutter contre le développement de la burqa, ça ne fait pas l’ombre d’un doute mais il faut le faire par l’éducation, par la pédagogie, par le dialogue. »

lundi 4 mai 2009

Réprimande pour un désastre

Par Gilles Norroy,

Le décalage entre la simple réprimande infligée au juge Burgaud et les conséquences des erreurs commises lors de l’instruction de l’affaire d’Outreau, soulève à juste titre l’indignation générale.
Une caissière qui aurait commis une erreur de quelques dizaines d’Euros serait licenciée, un chirurgien qui estropierait une dizaine de patients se verrait retirer à vie son permis d’opérer, pourquoi un juge bénéficierait-il d’une clémence particulière, surtout quand il ne manifeste ni regret, ni compassion pour les victimes et persévère dans une arrogante certitude qui est rarement une marque d’intelligence?

Comme le dit Xavier Bertrand personne n'a envie que se produise un nouvel Outreau.

Cette affaire amène quelques réflexions.

La première porte sur le mécanisme même de l’Instruction et montre que la réforme de la procédure pénale aujourd’hui en cours est indispensable, car l’instruction à charge et à décharge est un exercice difficile qui n’a pas été démontré dans cette affaire.

La deuxième porte sur le recrutement même des magistrats. Un concours difficile sélectionnant des étudiants brillants est-il suffisant pour recruter ceux qui vont exercer ce métier exigeant ? Comment prendre en compte la personnalité de ceux qui auront le permis de juger et s’assurer qu’ils disposent de l’impartialité, du recul, de la sérénité, de la perspicacité qui sont indispensables dans ce métier ? On a beaucoup glosé sur la remarque du Président de La République portant sur la connaissance de la Princesse de Clèves dans un concours de la fonction publique. Je la crois pourtant tout à fait fondée : la sélection par les connaissances livresques ne garantit pas les compétences qui sont nécessaires à l’exercice d’un métier surtout quand il nécessite des exigences comportementales et décisionnelles fortes.

Comment aussi créer un parcours professionnel qui évite de précipiter, sans les y préparer, des personnes nouvellement diplômées dans des univers sociologiques fort éloignées de leurs repères personnels ?

Le troisième point porte sur le corporatisme de l’institution judiciaire qui s’est particulièrement révélé dans cette affaire par la mansuétude du Conseil Supérieur de la Magistrature. L’indépendance de la Justice qui est un des principes de notre République sert souvent d’alibi facile au corporatisme de cette profession. Si le fait d’avoir détruit l’existence de 13 personnes ne mérite qu’une réprimande, que faut-il donc faire pour être exclu de la profession ? Pourquoi d’ailleurs se satisfaire de ne voir que des pairs dans les instances disciplinaires des magistrats du siège ?

Réformer la Justice est une tâche difficile. On mesure mieux au travers de cette affaire ce qu’il a fallu d’énergie et de courage à Rachida Dati pour mener d’indispensables réformes.

L’affaire d’Outreau aura eu au moins le mérite d’alerter l’opinion sur le fonctionnement de l’appareil judiciaire.
La justice ne concerne pas seulement ses professionnels mais est d’abord un sujet politique qui doit être débattu publiquement si l’on veut rassurer les Français sur la confiance qu’ils peuvent lui porter.

lundi 23 mars 2009

Les femmes et le principe de laïcité : un combat toujours d'actualité.

Par Patricia Mamet,

Au lendemain du 8 mars 2009, journée dite « de la Femme », comment ne pas réfléchir plus particulièrement encore aux Droits des femmes dans la cité, quelques soixante ans après qu’elles aient obtenu le droit de vote ?
Peut-on considérer aujourd’hui que le combat des Françaises en général et des Citoyennes en particulier est obsolète? Qu’en est-il du principe d’égalité « Homme/Femme »?
Enfin, pour poser clairement la problématique de la Femme/Citoyenne en démocratie, comment ne pas mettre l’accent sur un concept fondamental et trop souvent controversé : la LAÏCITE.

Le principe de Laïcité fut une nécessité historique, il l’est tout autant aujourd’hui, si ce n’est plus encore. Il s’imposa comme une évidence humaniste, valeur fondamentale au sein d’une société démocratique. Il repose sur une loi de liberté, d’égalité et de fraternité, qui nous conduit naturellement, à nous interroger sur ses implications dans un combat de longue haleine: celui des femmes pour l’EGALITE.

Dans ce grand débat sur la Laïcité touchant en transversalité à toutes les composantes sociales, notre interrogation porte plus particulièrement sur deux axes de réflexion:

1) En quoi LE principe et la loi sur la laïcité ont-ils été libérateurs pour les femmes ?
2) L‘affaire du voile, il y a quelques années, a-t-elle été un révélateur et une manière de reconduire le débat Femme et Laïcité?

Constatons d’ores et déjà, à l’aube de ce XXIè siècle, le scandale de la pérennité des violences commises sur les femmes (et sur les enfants!) et l’impérieuse nécessité pour la République de se doter d’un corpus législatif. A cet égard, on doit souligner le très intéressant travail réalisé au Sénat dans ce domaine. Nous songeons en particulier au premier colloque organisé au Palais du Luxembourg sur le thème des violences conjugales faites sur les femmes à l’initiative de la Sénatrice Michèle André. Citons aussi une proposition de loi de sa collègue Sénatrice Gisèle Gauthier tendant à lutter contre l’esclavage domestique.

Nous nous attacherons à montrer, tout au long de notre réflexion, combien le concept de laïcité est plus que jamais d’actualité, qu’il s’inscrit profondément dans tous les aspects de notre vie en société et qu’il conditionne notre relation à l’autre dans ses applications de tolérance, de respect des autres et de soi-même et par voie de conséquence, du respect des convictions de chacun.

Petit rappel historique

Il y a désormais plus d’un siècle, la France se dotait d’une loi essentielle et constitutive de la République: en 1905, la loi sur la laïcité instituait de fait et de droit, la séparation des Eglises et de l’Etat.

La loi de 1905 dans son titre I « Principes » Art 2 nous dit: « La République ne reconnaît pas ni ne salarie, ni ne subventionne aucun culte» (exception faite pour l’Alsace et la Moselle qui échappent à la loi). Le principe de laïcité est ainsi posé.

Désormais, une nouvelle forme de rapports entre les Eglises et l’Etat est affichée, succédant à des siècles de «chrétienté mythique».
Ce constat est l’aboutissement d‘un processus historique, long et complexe, d’une prise de conscience patente du rôle alors joué de manière très diverse par la religion et la politique, amenant une société toute entière à se concevoir différemment, dans le fonctionnement même des institutions et dans les modes de vie au quotidien.

La laïcité se déduit directement de l’affirmation des valeurs universalistes, contenues dans les fondements même de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
L’article 10 de cette Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen d’Août 1789 exprime clairement la consécration de la liberté de conscience: « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre établi par la loi ».

Historiquement, il faut savoir qu’un certain nombre d’évènements et de circonstances significatives ont mis en lumière les conditions même de cette existence désormais patente de Laïcité et, ce que nous énoncions en prologue, que sa mise en place s’inscrit bien comme une évidence historique.
En effet, en France, dans les années 1900, la querelle entre l’Eglise et l’Etat faisait rage. Une véritable « guerre » existait entre les évêques et les hommes politiques, notamment de gauche (socialistes et radicaux). Le Parti Radical, à l’époque premier parti de France, avec 250 élus sur 590 députés, était alors aux premières loges dans ce combat. Il se voulait l’incarnation du rationalisme et de la raison en politique, opposant la sagesse de la science à la foi aveugle, les valeurs du progrès au conservatisme du traditionalisme.

Largement inspirée par la Philosophie des Lumières, son action était en outre confortée par une opposition farouche à un péril clérical très réel. On parlait alors «d’empoisonnement clérical » mais aussi d’un véritable besoin d’affranchissement de « lumière naturelle » comme se plaisaient à le rappeler les philosophes Descartes, Voltaire et Rousseau.

Mais on recherchait plus encore, l’établissement de fondements indispensables à la construction d’une société plus juste, plus égalitaire.
Cela allait bien au-delà d’un combat contre la religion.

En se déterminant dans cette recherche de lumière dite naturelle, en opposition à la lumière surnaturelle d’ordre métaphysique, la Philosophie des Lumières se voulait en France, essentiellement laïque de celle « qui regarde les vérités spéculatives et connues par l’aide de la seule lumière naturelle. »

Ainsi, Descartes n’entendait point parler des choses de la foi mais bien de l’esprit de tolérance « ne se confondant pas avec l’inclination de notre nature qui nous « porte à croire » mais bien par celle, guidée par la raison qui nous amène à mieux penser, refusant ainsi d’être la servante de la théologie »…

Rappelons ainsi que la plupart de nos grands penseurs du siècle des lumières (que l’on pouvait légitimement estimer comme éclairés!) étaient déistes, mais hostiles à une religion, « toujours prête à l’intolérance et humainement et politiquement inacceptable ». Les circonstances propres à la France, son catholicisme d’Etat, (souvenons-nous de la révocation de l’Edit de Nantes et de ses conséquences cruciales en de multiples domaines), sa centralisation, l’intolérance de la contre réforme, ont largement contribué, dans ce pays, à faire de la philosophie des Lumière une philosophie anticléricale, au sens profond du terme.

En réalité, la base même du concept de laïcité est bien un principe d’émancipation, sa vertu essentielle reposant sur une liberté de conscience déterminée et déterminante, une volonté de combattre le rôle et finalement la place de la religion dans l’organisation même de la cité, un moyen aussi d’envisager la citoyenne et le citoyen libres, en les autorisant désormais à vivre plus affranchis du joug religieux.

Soulignons une fois de plus cependant que le combat laïque n’est pas un combat contre les religions mais bien un combat contre les intégrismes, les fondamentalismes présents dans toutes les religions, ceux qui ne respectent pas la tradition républicaine et veulent imposer des intérêts partisans incompatibles avec l’intérêt général.

Alors eu égard à ce contexte historique, une question se pose aujourd’hui: qu’en est-il de ce grand et noble principe de laïcité vécu et entendu comme principe libérateur, appliqué aux droits des femmes?

Femmes et Laïcité

Nous devons bien admettre que si le combat « Laïque » en tant que tel n’a peut être pas eu tous les effets bénéfiques auxquels nous aurions été en droit de nous attendre, il n’en demeure pas moins que le principe d’égalité et de respect d’autrui initiant la pensée même de laïcité a pu participer au large mouvement d’émancipation des femmes.

Mais le travail fut long et laborieux avant d’obtenir un certain nombre de droits dont, sans doute, le plus déterminant en terme de démocratie: le droit de vote, c’est-à-dire l’égalité en tant que telle.
C’est Olympe de Gouges en 1793 qui, la première, publia très courageusement la déclaration des Droits des femmes dont l’article 10 stipule: « la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune » ce qui malheureusement ne lui donna pas le droit d’échapper à la guillotine. Suivront les décrets du 24 mai 1795, excluant purement et simplement les femmes de la vie politique.

Il faudra attendre le 1er juillet 1901 pour entendre parler pour la première fois du droit de vote accordé aux femmes, grâce à un homme: Jean Fernand Edmée Gautret !
Ce dernier présenta une proposition de loi réclamant le droit de vote aux femmes majeures, célibataires, veuves ou divorcées mais il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que la Chambre des députés adopte une série de propositions de loi instaurant le droit de vote des femmes. Soulignons au passage que le Sénat s’y opposera à cinq reprises de 1919 à 1936.
En définitive, les femmes n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944 avec l’ordonnance du 21 avril.

Devenant électrices, les femmes sont aussi devenues éligibles! Mais, au-delà de ce constat, le principe républicain et laïque d’égalité des individus est bafoué dans les faits.

Aujourd’hui encore, les Françaises occupent une place plus que modeste dans la représentation politique.
Le pourcentage des députées a stagné durant un demi siècle : 5,9% à l’Assemblée Nationale en 1995 contre 5,6% en 1946, date de la première assemblée élue… un demi siècle d’un combat féministe incessant mené par des femmes exceptionnelles comme Yvette Roudy, Françoise Giroud, Simone Veil et tant d’autres… tant d’énergie dépensée!

La situation s ‘améliore très lentement, trop lentement ! Force est de constater que les femmes ont encore et toujours bien du mal à franchir les portes des palais de la République en France.

A l’Assemblée Nationale, nous comptons aujourd’hui seulement 12,3% de femmes. Au Sénat elles sont 16,9% pour participer activement, comme il se doit, au processus d’élaboration des lois. Des chiffres bien médiocres, quelque soixante ans après que nous ayons obtenu le « droit de cité » et alors même que nous constituons plus de la moitié des forces vives de la Nation et que nous sommes « théoriquement » des citoyennes à part entière, constat conforté par l’adoption unanime de la Loi sur la parité!

La France est en 18ème position à l’échelle européenne quant à sa représentation féminine au Parlement… ce qui en soit n’est pas très glorieux, il faut bien le reconnaitre.

Le débat sur la laïcité constitue dans notre société un sujet de réflexion permanent, ce qui, en soit, est assez rassurant en ce qu’il témoigne de conscience démocratique et d’exigence républicaine.

Récemment, «l’affaire du foulard» comme elle fut appelée, a ranimé violemment ce débat et nous a imposé une lecture nouvelle de la loi de 1905. Comme le soulignait fort justement Yvette Roudy, ancienne ministre des Droits des femmes et Présidente de l’Assemblée des femmes: « le port du voile, nous le savons est bien plus qu’un signe religieux, c’est le symbole d’une soumission, d’une inégalité. L’inégalité entre homme et femme…et le degré de démocratie d’un pays se mesure à la qualité du statut de la femme ».

Nous savons tous en effet qu’en matière de liberté, rien n’est jamais acquis. Aussi le rappel du principe de laïcité dans tous les lieux d’enseignement public et privé est loin d’être inutile. D’autant qu’au-delà du problème de la laïcité, apparaît toute la condition de la femme qui, à nouveau, se trouve singulièrement mise en lumière.

Conditionnement culturel, pesanteur religieuses, machisme ambiant, nous devons encore constater aujourd’hui maints exemples de résurgence d’un passé quasiment moyenâgeux, et que nous pensions légitimement dépasser. Le constat est édifiant: un droit de vote acquis depuis plus de soixante ans sans pour autant pouvoir accéder véritablement aux mêmes postes de décisions que les hommes.
Alors où en est -on du principe d’égalité?
Les femmes s’interrogent plus que jamais sur le sens même du mot démocratie, dès lors qu’elles sont encore largement exclues du partage réel du pouvoir.
Aujourd’hui encore, les femmes se battent pour l’obtention d’une égalité salariale et pour que la loi impose dans les faits, dans une société aux applications encore défaillantes, l’égalité salariale entre les hommes et les femmes.

Nous combattons toujours pour l’accès à l’éducation, à la formation professionnelle et aux carrières à salaire égal des femmes.
Dans ce contexte, nous avons pris conscience, à différents niveaux, de l’impérieuse nécessité d’avoir recours au seul principe capable d’intégrer toutes les valeurs d’une société qui se veut « évoluée »: le principe de LAICITE.